Les tapis berbères
Dans la maison berbère ou sous la tente, le tapis joue un rôle fonctionnel autant qu’esthétique . On s’y assoit, on y dort. Il protège du froid les populations de l’Atlas et se transporte aisément à dos de dromadaire. A points noués, rustiques, ces tapis sont naturellement originaux. Les techniques de tissage type de nœud, franges, lisière, les dimensions choisies, les motifs et les couleurs définissent le lieu d’origine d’un tapis, voire la tribu à laquelle appartient la tisseuse. Car chaque région possède ses propres modèles. Le tissage est donc porteur de signes propres à la tribu et à sa créatrice, objet d’un rituel chargé de sens. Certains tapis recèlent clairement la marque de l’univers féminin, à travers la présence d’objets ménagers discrètement tissés au sein de la trame géométrique : ici, une théière, une marmite à pied ou un plat à tajine, là un marteau à casser le sucre,un samovar … Mais ces tapis, œuvres originales d’une ou de plusieurs tisseuses, ont tendance, au fil du temps, à perdre de leur contenu identitaire. Car même si le cadre de la tribu perdure en temps que référence, les métissages culturels inter-tribaux sont de plus en plus nombreux. En outre, jadis, le tapis tissé ne répondait qu’aux besoins spécifiques de la famille. Aujourd’hui, le tissage peut devenir source de revenus, les tapis étant vendus dans les souks, ce qui oblige la tisseuse à confectionner des tapis plus conformes à la demande du marché .
Les techniques de réalisation d’un tapis sont d’une grande simplicité. L’art du point noué lie la matière à la forme, autorisant une infinité de motifs. Les tapis, dont l’âme, naissent tous sur un métier vertical, permettant de réaliser de grandes largeurs.
Celui-ci est constitué de deux barres horizontales, appelées ensouples, encadrées par deux montants verticaux. Les femmes travaillent assises, face au métier, et toujours à la hauteur. Au fur et à mesure de l »avancée du tissage, le tapis s’enroule sur l’ensouple inférieure. Après avoir réalisé le tissu de fond du tapis, par l’entrecroisement des fils de chaîne et de trame, les femmes nouent chaque brin de laine et élaborent des motifs.
Le métier horizontal facilement démontable et transportable est traditionnellement utilisé par les femmes nomades pour le tissage des flij. Ces longues bandes étroites, une fois assemblées et cousues, forment le velum de la tente des nomades, la khïma des montagnes. Le métier, fixé au sol, est tendu de gros fils de laine et de poils de chèvre ou de dromadaire. Une simple planche tisse la trame, un bâtonnet sert de navette. Sur ce métier archaïque, les femmes tissent aussi les tapis de sol, les bandes de renforcement, les couvertures de bât….
