Archive pour juin 2012
Artisanat marocain : le tannage
Avant l’introduction récente des méthodes modernes et des produits chimiques dans l’industrie de la tannerie, les artisans marocains pratiquaient ce qu’on appelle le tannage lent, à base de produits végétaux et animaux.
L’écore de chêne, de grenadier et d’autres essences servait essentiellement dans la préparation des grosses peaux. Le takaout, la fiente de pigeon, les figues sèches et, dans certaines régions, les dattes, étaient utilisés pour les peaux fines et notamment pour le fameux filali.
La ville deFès disposait de quatre grandes tanneries installées le long de l’oued Fès. Une seule traitait les grosses peaux, les trois autres fournissaient le marché local en peaux de chèvre et de mouton.
Dans son livre intitulé La ville de Fès son commerce et son industrie, publié en 1916, Maurice de Périgny a consacré à la tannerie la page suivante, qui suffit à nous éclaircir sur les procédés qui survivent encore dans ce centre et dans d’autres régions du Maroc :
On met les peaux à tremper quelques temps dans l’eau afin de pouvoir enlever les poils, puis on les plonge dans des fosses remplies de chaux où on les laisse pendant vingt jours. On les passe ensuite dans les fosses spéciales à parois en briques de 1.25 m de profondeur, moins larges au fond qu’au sommet, où l’on mélange avec l’eau de fiente de pigeon que les ouvriers malaxent avec leurs pieds. Elles y restent deux ou trois jours, puis sont lavées et roulées dans du son humide pour enlever les chaux dont elle seraient imprégnées. Au bout de trois ou quatre jours, on les foule avec les pieds sans une couche d’eau et on les trempe dans une pâte liquide de figues sèches afin de leur donner de la souplesse et du lustre. On les laisse vingt jours, mais au septième, on commence le salage qui doit leur faire acquérir de la fermeté sans leur enlever toutefois leur souplesse. C’est une opération très délicate dont se charge le maître tanneur lui-même, en jetant du gros sel sur les peaux étalées verticalement devant lui, par petites quantités et en augmentant progressivement la dose. On procède ensuite au tannage dans les jarres spéciales contenant des graines provenant du Tafilalt et appelées « thakaout », pil »es et mélangées avec un peu d’huile. Les peaux sont remuées constamment pendant deux ou trois jours, après quoi on les met à sécher. On les étale sur des pierres plates et on les bat dans le but de les assouplir, puis on les lave à nouveau et on les racle sur la face interne avec un morceau de porcelaine
Dans l’ensemble, ce texte donne une image assez exacte des différentes manipulations que doivent subir les peaux de chèvre et de mouton avant de devenir maroquin ou basane et d’entrer dans la fabrication des multiples articles de maroquinerie.
(Source : La grade encyclopédie du Maroc)

